LA VALEUR – Numéro 8: M. Économie du partage, sur la voie rapide!

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Par : Brian Murphy, vice-président, recherche et rédaction, Canadian Black Book

Comme beaucoup de gens, j’ai une route assez longue à parcourir pour me rendre au travail chaque matin. À certains égards, cela ne me dérange pas. J’ai ainsi le temps de réfléchir, d’écouter les nouvelles et de faire quelques appels (mains libres bien sûr). Pour être franc, je ne peux pas dire que je m’arrête tous les matins à contempler l’amplification de l’économie du partage, comme on l’appelle, mais récemment, je m’y suis arrêté. Par « économie du partage », je parle des entreprises du monde entier qui adoptent l’idée d’actifs partagés pour générer des revenus, comme Uber, Lyft et Airbnb.

Photo by ARAS Imaging (www.arasimaging.com)

Mais revenons à mon trajet domicile-travail. Par un beau matin d’été ensoleillé, j’ai « rencontré » un adepte de l’Économie du partage. Il conduisait beaucoup trop lentement, dans la voie de dépassement de l’une des autoroutes les plus achalandées de Toronto. J’ai fait de mon mieux pour ne pas être trop exaspéré par son manque de politesse sur la route, quand j’ai remarqué l’auto qu’il conduisait.

Quelques détails m’ont sauté aux yeux. Tout d’abord, c’était une voiture neuve, avec finition supérieure et traction intégrale. Je sais que le modèle vient d’être lancé il y a quelques semaines, mais c’était la première fois que je le voyais sur la route. Puis, j’ai observé que la voiture de ma « tortue » portait à la fois un autocollant Uber et un autocollant Lyft sur la vitre arrière de sa voiture. Intéressant, mais une source possible de « regrets » pour mon ami la tortue!

Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui conduisent pour des services comme Uber et Lyft à l’occasion et non pas comme emploi à plein temps. Par contre, je me suis demandé si ce conducteur était un travailleur à temps plein qui conduit maintenant un véhicule neuf et pourrait possiblement parcourir plus de 80 000 km par année dans le cadre de son emploi? Si c’est le cas, il se peut que les choses ne se passent pas si bien, du point de vue du coût de propriété.

Cette voiture en particulier a vraiment capté mon intérêt. J’ai vérifié le site Web de l’OEM et M. Économie du partage peut en échelonner le financement sur 84 mois (sept ans!) pour la somme très attrayante de 100 $ par semaine, avec finition supérieure et traction intégrale. Marché conclu? Tout dépend de la façon dont il l’utilise. Aujourd’hui, la majorité des hypothèses concernant la propriété et l’amortissement sont basées sur un consommateur parcourant 20 000 km par an. Si ce conducteur parcourt le kilométrage moyen, l’odomètre indiquera environ 180 000 km une fois la voiture payée. Elle roulera peut-être encore, mais elle se certainement en route vers le déclin de ses années d’utilité.

Que se passe-t-il si cette personne mord vraiment dans le concept de l’économie du partage et qu’elle conduit 60 000 km par année? Ses autocollants Uber et Lyft semblent suggérer sa participation pour le moins partielle dans ces deux entreprises. Ainsi, lorsque sa voiture rutilante sera payée, elle aura plus de 400 000 km… si elle se rend jusque-là, ce dont je doute fortement. Vous pouvez probablement deviner que son véhicule vaudra alors à peu près 100 $, et ça seulement si son réservoir d’essence est plein aux trois quarts. Misère! Il n’aura jamais d’équité dans sa voiture et s’il est malchanceux, il pourrait encore avoir à payer pour sa voiture des années après qu’elle aura été reléguée à la ferraille. Je suppose qu’il ne loue pas la voiture, ce qui serait une autre série de malheurs en puissance.

En plus de la dépréciation, le propriétaire de ce véhicule de covoiturage étincelant devra probablement acheter 4 ou 5 ensembles de pneus, sans compter qu’il lui faudra peut-être des pneus d’hiver. Il devra probablement s’attendre à plus de 50 vidanges d’huile, 500 lavages de voitures, etc. Il y aura aussi des défaillances majeures de au cours de cette période, comme remplacer les freins 3 ou 4 fois, les roulements de roue et la transmission, s’il est chanceux. Je me demande s’il a fait le calcul.

S’il a un accident et que voiture est une perte totale à mi-parcours de ce prêt de sept ans, il pourrait se trouver dans une situation difficile en ce qui concerne la petite somme qu’il reçoit de l’assurance (pour une voiture à kilométrage extrêmement élevé!) et le solde important de son prêt. Compte tenu de tous ces coûts pour rester sur la route, je me demande comment il va gagner sa vie. Ce ne sera pas facile et probablement pas une façon durable de mener sa petite entreprise.

Mes réflexions de banlieusard n’ont pas pour but de critiquer Uber et Lyft, mais d’avertir tous ceux qui songent à conduire dans le cadre de l’économie du partage. Assurez-vous d’avoir fait le calcul et de comprendre les coûts réels. De plus, conduire avec une voiture neuve est probablement la pire chose à faire. Pensez plutôt à une voiture d’occasion qui a déjà passé les 24 mois de sa plus grande dépréciation. Pour éviter les cauchemars d’entretien, faites vos recherches sur les voitures dont la fiabilité est à toute épreuve.

À ceux de vous qui travaillez dans le domaine du financement et de la location de voitures, je vous demande si vous êtes vraiment prêts pour M. Économie du partage? De nos jours, la plupart des baux de location de voitures interdisent l’utilisation à des fins commerciales, mais êtes-vous protégé contre ces risques? Peut-être que des inspections de véhicules tous les 12 mois pour vérifier l’odomètre pourraient réduire les risques pour vous. De même, pour les prêts, la valeur de la voiture est la garantie que vous avez pour les futurs paiements, mais que se passe-t-il lorsque la valeur de l’actif chute prématurément à 0 $? Votre risque de défaut de paiement est-il plus élevé sur un prêt de 15 000 $ alors que l’actif n’en vaut plus qu’une fraction?

Au fur et à mesure que l’économie du partage prend de l’ampleur (et si elle est durable!), je prédis que les véhicules auront à déclarer régulièrement leur kilométrage au prêteur ou au bailleur et que la technologie de suivi sera activée pour accorder le financement. Si suffisamment de prêteurs et de bailleurs sont victimes de ce phénomène, vous pouvez être sûrs que ce sera le cas. Peut-être que même « Big Brother » pourrait forcer ce chauffeur à quitter la voie rapide?

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