LA VALEUR – Numéro 7: À la frontière du chaos?

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Les tarifs et le marché canadien de l’automobile d’occasion

Par Brian Murphy, vice-président à la recherche et à la rédaction, Canadian Black Book

Depuis quelque temps, peut-être avez-vous passé quelques nuits blanches à réfléchir aux répercussions déplorables des tarifs américains sur les véhicules pour l’industrie automobile canadienne. C’est certainement le cas pour moi. Je rédige cet article, quelques jours seulement après la fête du Canada 2018 et l’imposition par notre gouvernement de droits de douane réciproques sur l’acier, l’aluminium et toute une liste d’autres produits, alors rien n’a encore été fait en ce qui concerne les droits de douane sur les véhicules.

Brian Murphy
Brian Murphy, Brian Murphy, vice-président à la recherche et à la rédaction, Canadian Black Book

J’espère (peut-être me faut-il aussi prier) qu’il ne se passera rien d’autre qu’un nouvel accord de l’ALENA équitable pour toutes les parties. L’impact de nouveaux tarifs douaniers serait dévastateur. J’ai lu récemment que John White, président de la CADA, a qualifié les dommages éventuels, devant le Comité permanent du commerce international de la Chambre des communes, de « tsunamis » et c’est l’explication la plus concise qu’on en a donnée jusqu’ici à mon avis.

On a beaucoup parlé des répercussions possibles de ces tarifs rigoureux sur les voitures neuves, mais j’aimerais orienter mes commentaires vers l’impact sur notre marché et sur les valeurs de nos voitures d’occasion.

À l’heure actuelle, un grand nombre de voitures d’occasion sont exportées du Canada vers les États-Unis chaque année. Depuis 2015, plusieurs affirment que la fourchette est de 200 000 à 350 000 unités. Cette situation est principalement attribuable à la faiblesse du dollar canadien et à une pénurie historique de voitures d’occasion aux États-Unis.

Lorsque le dollar canadien est passé sous la barre des 0,80 $ en 2015, il a déclenché la possibilité de réaliser des profits en exportant des voitures du côté sud de la frontière. Compte tenu du taux de change actuel, et même avec la chute des prix des voitures d’occasion aux États-Unis, ce modèle est toujours une pratique rentable. Cet exode des voitures et des camions de toutes sortes a contribué à tenir le prix des voitures d’occasion au Canada à des niveaux records.

L’Indice canadien de rétention de la valeur des véhicules d’occasion Black Book, qui suit le cours de la valeur des véhicules de deux à six ans, continue d’établir des records mensuels de tous les temps. Ce scénario de forte valeur est en partie dû à ces exportations et à notre économie généralement saine, qui entraînent une forte demande et font grimper les prix.

Les valeurs plus élevées des voitures d’occasion ont fait mousser les ventes de voitures neuves, car les détaillants et les équipementiers s’empressent de mettre fini avant terme aux baux et prêts de clients extatiques pour les acheminer à des véhicules neufs. Un tarif de 25 % ferait dérailler toutes ces activités d’exportation et aurait des répercussions fracassantes pour le marché canadien des véhicules d’occasion.

L’impact spécifique qu’aura un tarif a beaucoup à voir avec les conditions réelles inscrites dans la politique. Il est difficile de prévoir exactement à quoi ressembleraient tous les détails en petits caractères. D’après moi toute taxe imposée par nos amis du Sud sur les voitures neuves s’appliquerait également aux voitures d’occasion. Cela éviterait de jouer avec l’expédition d’une voiture neuve de 50 km et de la qualifier de voiture d’occasion.

Si un tarif d’occasion se réalise, il importe qu’il s’applique à toutes les voitures, quel que soit leur pays d’origine ou seulement aux voitures produites à l’extérieur du marché américain. Cela pourrait aussi dépendre grandement de la façon dont les États-Unis redéfinissent leurs règles de contenu pour ce qui constitue une voiture américaine par rapport à une voiture étrangère. Il y a beaucoup d’hypothèses et de suppositions pour l’instant.

En supposant qu’un tarif ne s’applique qu’aux véhicules fabriqués hors des États-Unis, on pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la valeur de ces véhicules diminue considérablement aux enchères canadiennes presque immédiatement après l’entrée en vigueur du tarif. Les acheteurs pour le marché américain n’achèteraient tout simplement plus ces produits aux enchères canadiennes.

Si les tarifs sont appliqués plus largement à toutes les voitures en provenance du Canada, quelle que soit leur origine, le résultat pour les véhicules d’occasion qui sont exportés aujourd’hui serait une baisse de valeur. Des prix plus bas pour certains véhicules se répercuteraient, au fur et à mesure que la valeur d’autres véhicules diminue en raison de la pression concurrentielle du marché. Au fil du temps, nous nous attendons à ce que certains véhicules de fabrication américaine voient leur prix rebondir.

Alors, pourquoi ces montagnes russes?

Vraisemblablement, le gouvernement canadien réagirait à une taxe américaine en imposant un droit similaire de 25 p. 100 sur les voitures neuves de fabrication américaine. Les consommateurs canadiens se tourneraient probablement (avec le temps) vers le marché de l’occasion pour acheter ce véhicule qui est maintenant beaucoup plus cher en tant que nouveau modèle, en raison de la taxe d’importation. Quand tout cela va se produire dépend de la quantité d’inventaire des concessionnaires et des équipementiers, qui varie toujours d’une voiture à l’autre et d’une région à l’autre. Pour certains VUS et camions haut de gamme, une partie du coût du tarif pourrait être absorbée par les équipementiers, mais ils réduiraient probablement les incitatifs, ce qui entraînerait des paiements mensuels beaucoup plus élevés.

Comme il y a beaucoup moins de voitures neuves construites aux États-Unis qui arrivent au Canada, étant donné la baisse de la demande, l’offre pour ces véhicules serait très serrée et les prix des véhicules d’occasion pourraient se rapprocher du prix des véhicules neufs pour les unités d’occasion en bon état.

En plus de tout cela, les concessionnaires seraient aussi grandement touchés. Si le prix de certaines voitures d’occasion chute aux enchères, les prix de détail seraient également touchés, ce qui obligerait les concessionnaires à « réévaluer » leur inventaire de voitures d’occasion, et se traduirait par des prix beaucoup plus bas. L’ampleur de l’impact dépend de la rapidité avec laquelle les consommateurs remplacent les voitures neuves par des voitures d’occasion.

Cette situation est un désastre à tous les points de vue. Je ne vois pas de « gains » de part et d’autre de la frontière, rien que des pertes regrettables! Les tarifs de rétorsion du Canada et d’autres pays à toute mesure prise par les États-Unis entraîneront une baisse instantanée de la demande pour les produits américains. Sans cette demande d’exportation, de nombreux travailleurs américains du secteur de l’automobile seront sans travail, et leurs cousins canadiens le seront aussi à discuter du bon vieux temps. Je prie pour que la raison l’emporte, l’économie des deux pays et notre grande entreprise automobile comptent sur elle.

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